Elle avait 41 ans. Deux enfants, un poste stable, quinze ans d’ancienneté. Et au bout de dix minutes d’appel, cette phrase, dite presque en s’excusant : « de toute façon, à 40 ans, c’est trop tard pour changer de métier ».
Je l’ai entendue des dizaines de fois. Formulée exactement comme cela, avec la même petite gêne, comme si le fait d’avoir eu une vie avant était devenu un handicap.
Voici ce que je lui ai répondu, et pourquoi cette conversation m’a rappelé la raison pour laquelle j’ai créé cette école.
D’abord, les chiffres, parce qu’ils sont têtus
En février 2025, le Centre Inffo et CSA ont interrogé 1 621 actifs français. 47 % envisagent une reconversion. 18 % l’ont réellement engagée.
Ce n’est pas l’âge qui sépare ces deux groupes. C’est l’information. Le baromètre montre que le sujet sur lequel les actifs se sentent le plus mal renseignés, tous profils confondus, ce sont les modalités de financement d’une formation.
Autrement dit : les femmes de 40 ans ne renoncent pas parce qu’elles sont trop vieilles. Elles renoncent parce que personne ne leur a jamais montré, concrètement, ce que cela impliquait.
Ensuite, ce que 40 ans veut dire dans ce métier précis
C’est là que la conversation a changé de ton.
Une baby planner accompagne des femmes enceintes. En France, l’âge moyen des mères à l’accouchement est de 31,2 ans, contre 29,6 ans en 2005. Tes futures clientes ont donc, en moyenne, une dizaine d’années de moins que toi.
Dans quel autre métier le fait d’avoir dix ans d’avance sur sa cliente est-il présenté comme un problème ?
Tu as vécu ce qu’elle est en train de vivre. Tu as connu la fatigue, les décisions à prendre trop vite, les listes qui n’en finissent pas, le retour au travail. Tu sais de quoi tu parles, et cela s’entend en trois phrases.
Ce que tu as à 40 ans et que tu n’avais pas à 25
Une capacité à tenir une conversation difficile sans paniquer. Un réseau, même si tu ne l’appelles pas comme cela : des collègues, des voisines, des mères d’élèves, des anciennes clientes. Une organisation personnelle déjà rodée, parce que tu jongles depuis des années. Et la capacité de dire non, qui met souvent dix ans à s’installer.
Ce sont exactement les compétences qui font tenir une activité indépendante. Elles ne s’apprennent pas en formation. Tu les as déjà.
Ce qui, en revanche, se prépare réellement
Je ne vais pas te vendre l’idée que tout est facile parce que tu as de l’expérience. Ce serait malhonnête.
À 40 ans, tu as souvent un crédit, des enfants et un salaire dont le foyer dépend. Cela signifie que le passage doit être organisé, pas improvisé. Beaucoup de nos élèves démarrent en parallèle de leur poste actuel, le temps de construire leurs offres et de signer leurs premières clientes.
Cela demande aussi d’accepter que les trois premiers mois soient des mois de construction, pas de résultats. C’est la partie que personne n’aime entendre, et c’est pourtant celle qui fait la différence entre celles qui tiennent et celles qui s’arrêtent.
Pourquoi cette conversation m’a rappelé pourquoi j’ai créé cette école
Parce que j’ai entendu, dans sa voix, quelque chose qui n’avait rien à voir avec ses compétences.
Cette femme savait organiser. Elle l’avait fait toute sa vie, pour son foyer, pour son service, pour les autres. Ce qu’elle ne savait pas, c’est qu’il existait un métier pour cela, un cadre pour l’exercer, et un chemin balisé pour y arriver.
C’est exactement ce que nous formons ici. Pas des vocations. Des professionnelles.
Elle a démarré quatre mois plus tard.
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Sources : Baromètre Centre Inffo / CSA 2025 de la formation et de l’emploi ; Insee, bilan démographique 2025.